L’Europe prévoit de taxer les matériaux naturels : une fausse bonne idée ?

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Sandrine Devos (UEPG) explique le déroulement du réaménagement d'un site à l'expert européen Jurgen Vermeulen (ECORYS) (2ème en partant de la droite)
Sandrine Devos (UEPG) explique le déroulement du réaménagement d’un site à l’expert européen Jurgen Vermeulen (ECORYS) (2ème en partant de la droite)

La Commission Européenne veut taxer les matériaux naturels (granulats…) pour développer le marché des produits recyclés.

En Rhône-Alpes, cette mesure, qui devrait renchérir le coût de la construction, ne serait pas opérante. En effet, les donneurs d’ordre de la région ont bien compris que les matériaux naturels et les matériaux recyclés sont complémentaires, chacun d’eux ayant son usage.

Pour dynamiser le marché des produits recyclés,la Commission Européenne prévoit de mettre en place une taxe sur les activités polluantes. Son idée : en renchérissant le prix du matériau naturel, on accroît l’écart avec le prix du produit recyclé, produit dont on avantage ainsi la vente.

Si l’UNICEM Rhône-Alpes partage avec la Commission Européenne l’objectif de développer le recours aux produits recyclés pour préserver la ressource naturelle, elle ne pense pas qu’une taxation soit la bonne méthode pour l’atteindre.

En effet, sien Rhône-Alpes, le taux de valorisation des déchets de chantiers, 62 % en 2013, est déjà en passe d’atteindre le niveau requis par l’Europe, soit 70 % à l’horizon 2020, c’est bien parce que le territoire régional bénéficie d’un très bon maillage entre les carrières et les plateformes de recyclage. Une étude conduite en 2013 par la Cellule Economique Rhône-Alpes (CERA) livre notamment deux chiffres qui illustrent cet argument : en Rhône-Alpes, plus de 30 % des carrières accueillent une plateforme de recyclage, et les produits recyclés satisfont 24 % de la demande en matériaux.

Et si Rhône-Alpes obtient d’aussi bons résultats, c’est aussi parce que les donneurs d’ordre, dont les collectivités locales et les syndicats intercommunaux, font confiance aux qualités des produits recyclés. Les maîtres d’ouvrage rhônalpins, publics et privés, ont en effet bien intégré le fait que ces deux types de produits, naturels et recyclés, sont complémentaires, chacun étant destiné à un certain type d’usage. Il faut dire aussi que notre profession a fait le nécessaire pour les mettre en confiance avec la production de guides techniques sur l’utilisation des matériaux valorisés.

En clair, pour l’UNICEM Rhône-Alpes, taxer les produits naturels pour mieux diffuser les produits recyclés ne serait pas une mesure très efficace, que ce soit au niveau régional ou au niveau national. Elle aurait pour effet de renchérir le coût de la construction sans pour autant accroître la consommation de matériaux recyclés. Concernant la région et plus largement le territoire français, elle s’oppose donc à cette mesure imaginée par la Commission Européenne.

D’où l’idée d’essayer de convaincre le bureau d’études néerlandais mandaté par la Commission, ECORYS, qui a déjà produit un rapport démontrant le bienfondé d’une taxe.

Le 24 mars dernier, l’UNICEM Rhône-Alpes a ainsi reçu Jurgen Vermeulen, consultant néerlandais appartenant au centre de recherches ECORYS. Cet expert était accompagné de Brian James, président (anglais) de la commission « Recyclage » de l’UEPG (Union Européenne des Producteurs de Granulats), très intéressé et très concerné par le sujet.

« Les messages sont bien passés »

Cette journée du 24 mars a connu trois phases.

Tout d’abord, Michel Zablocki a fait un exposé pour démontrer aux deux hôtes du jour que la région bénéficie d’un excellent maillage carrières – plateformes de recyclage (déjà un tiers des carrières recyclent !), ce qui permet une réelle complémentarité entre les deux activités. Il a également présenté les résultats de l’étude de la CERA : déjà en 2013, 60 à 62 % des déchets non inertes étaient recyclés (objectif européen : 70 % à l’horizon 2020).

Puis, le groupe a pris la direction du site de Mions exploité par Perrier TP pour visiter la plateforme de recyclage puis la carrière et le centre de production de granulats, démontrant ainsi la proximité des deux activités… et leur complémentarité.

Troisième phase : la visite de trois sites pour faire comprendre aux visiteurs étrangers qu’en France, loin de devenir des no man’s lands, les carrières ont « une seconde vie » après avoir été exploitées… Tout en leur précisant que ces réaménagements sont très souvent menés en concertation avec les collectivités locales. Sandrine Devos, permanente de l’UEPG, a alors rejoint le groupe des visiteurs.

Ainsi, certaines carrières peuvent devenir des aires de loisirs et/ou des sites qui facilitent le développement de la biodiversité ; d’où la visite par le groupe du Parc de Miribel-Jonage, le poumon « vert bleu » de Lyon. D’autres peuvent être « rendues » à l’agriculture, comme la délégation a pu le vérifier à Niévroz (Ain).

Selon l’avis général des représentants de l’UNICEM Rhône-Alpes mobilisés pour recevoir cette délégation européenne, « les messages sont bien passés ». Leurs hôtes leur ont même dit avoir été impressionnés par le côté très « pro » des carriers français. « Nous avons reçu des mails de remerciements contenant des commentaires très positifs », indique Dominique Delorme, Secrétaire général de l’UNICEM Rhône-Alpes.

De son côté, Sandrine Devos a obtenu eu un retour positif de la part de Jurgen Vermeulen qui dit avoir tiré un grand bénéfice de cette visite en Rhône-Alpes. Or, cet expert a encore la possibilité de modifier son rapport destiné à la Commission Européenne… Sa réaction très positive pousse à croire qu’il devrait le faire…