A la Une de l’actu

Désormais, sur cette page d’actualité, nous aborderons des thématiques spécifiques sur lesquelles vous, élus et techniciens, êtes confrontés.
Pour chaque thème, des articles, outils, retours d’expériences seront déclinés afin de vous apporter le plus d’informations possibles.

RE 2020 : état des lieux d’une (r)évolution

C’est officiel, la RE 2020 entrera en vigueur au 1er janvier 2022.
Quels sont les principes de cette nouvelle donne environnementale ?
Ses ré
percussions sur les modes constructifs et plus particulièrement sur la filière matériaux ? Sans oublier l’impact sur la gestion des ressources naturelles. Etat des lieux.

AU SOMMAIRE :


Une remise en cause des efforts de recyclage fait par la filière

“La filière a fait des efforts pour rentrer dans les seuils. Des projets nationaux comme Facecarb qui vise à la décarbonation du matériaux béton sont en cours. Diogène fait aussi partie des projets à suivre pour les matériaux minéraux ” témoigne Pierre Antoine d’Argento, Délégué régional Centre Est chez Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi (SNBPE)

A noter que  la décarbonation vise à réduire la consommation d’énergies, la décarbonisation est, quant à elle, une inversion de processus. Enfin, la décarbonatation est l’élimination du carbone d’un matériau.

Le choix de ce mode de calcul, laissant augurer des pertes de part de marchés, entraînerait fatalement des conséquences sur les désinvestissements des filières à maturité de matériaux de construction, entraînant un déficit de ceux-ci… et une déstabilisation de la filière bois, pas structurée pour faire face à la demande de logements.

S’interroger sur la gestion des ressources


“Pour les matériaux, nous n’avons pas de problème de gisement aujourd’hui en région. De plus, les unités de fabrication béton et enrobés, carrière gèrent des matériaux inertes. Ils accueillent ces matériaux, les traitent pour ensuite les réintroduire sur le marché de la construction.”

Au-delà de l’opposition des filières, que personne ne souhaite mettre en avant, se pose logiquement aujourd’hui la question de la gestion de la ressource bois qui verra son utilisation décupler dans les prochaines années.  “La régularité des tensions sur la ressource et l’incertitude industrielle qui pèsent naturellement sur la ressource boisée face aux aléas climatiques et sanitaires et aux maladies émergentes montrent pourtant les limites du tout-bois” souligne la filière qui rappelle aussi le morcellement réel du patrimoine forestier français.

Une inquiétante distorsion de concurrence entre matériaux

“La RE 2021 est vécue comme un coup d’arrêt pour la filière matériaux, mais dont les facultés de R&D sont considérables.”

Face à cette nouvelle donne, l’Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction a fait part de ses interrogations sur leurs conséquences potentielles à court et moyen termes sur l’activité de la filière : “Les risques de perturbations sont réels alors même que nous nous inscrivons depuis plusieurs années dans un cercle vertueux d’économie circulaire, avec une prise en compte des enjeux du développement durable du secteur de la construction sous le prisme de l’analyse du cycle de vie global des matériaux utilisés. De plus, les chefs d’entreprise sont particulièrement inquiets sur la possible institutionnalisation d’une distorsion de concurrence entre matériaux”.

ACV dynamique : quelles répercussions ?

La filière prône depuis de longues années la mixité des matériaux, avec une approche qui repose, notamment, sur l’utilisation du bon matériau au bon endroit. L’industrie des carrières et matériaux est plus que jamais engagée dans la valorisation et le recyclage des déchets. “Avec ce mode calcul, les activités de la filière minérale (ciment, granulat) seront impactées de 40% à l’horizon 2031, avec une baisse significative identique pour le béton.”.

Une baisse de 40 points pour la filière à l’horizon 2031


“Avec ce mode calcul, on va perdre logiquement du béton, du ciment et donc du granulat”

La filière prône depuis de longues années la mixité des matériaux, avec une approche qui repose, notamment, sur l’utilisation du bon matériau au bon endroit. L’industrie des carrières et matériaux est plus que jamais engagée dans la valorisation et le recyclage des déchets. “Avec ce mode calcul, les activités de la filière minérale (ciment, granulat) seront impactées de 40% à l’horizon 2031, avec une baisse significative identique pour le béton.”.


“Un frein aux engagements pris pour décarbonater les secteurs industriels »

Cette décision de valider le calcul de l’ACV dynamique constitue un véritable frein aux engagements pris et aux nombreux projets d’investissements déjà en cours pour décarboner les secteurs industriels. Elle représente également un risque de délocalisation, et fragilise de nombreuses entreprises, en particulier des PME. La nouvelle réglementation, « en cherchant à favoriser les matériaux biosourcés, s’affranchit de la rigueur scientifique” soulignent les représentants des filières industrielles des matériaux de construction associé à la filière terre cuite (tuiles & briques) au FILMM (isolants) et au SCMF (construction métallique).


RE 2020 : les écueils de l’ACV dynamique

Fort des résultats de l’Observatoire E+C-, la RE2020 a validé l’analyse du cycle de vie dynamique du bâtiment qui prend en compte l’impact carbone des phases de construction à sa démolition. Si en ACV statique chaque étape de la vie d’un matériau a la même valeur, dans ce nouveau mode de calcul dynamique, les capacités de stockage temporaires du carbone sont prises en compte et les coefficients appliqués ont plus de poids au début du cycle de vie pour diminuer en fin de vie. Les matériaux biosourcés sont donc privilégiés au détriment du béton qui, à contrario, est valorisé et recyclé en fin de vie. Autre bémol, l’ACV dynamique est essentiellement fondée sur des calculs et donc déconnectée de la réalité physique du terrain. Cette méthode de l’ACV dynamique n’est utilisée dans aucun autre pays d’Europe et aucune norme ISO ne la valide, contrairement à l’ACV statique qui, depuis 50 ans, fait l’objet d’une normalisation internationale. Une particularité qui pourrait également pénaliser les entreprises françaises à l’étranger.

Entrée en vigueur au 1er janvier 2022

Actée en février dernier, cette réglementation sera progressivement de plus en plus exigeante, depuis son entrée en vigueur au 1er janvier 2022  jusqu’à 2031 avec trois jalons prévus en 2025, 2028 et 2031 qui constituent autant de marches de rehaussement des exigences.

REPERES

Un calcul complexe
L’ACV dite « dynamique » est extrêmement complexe et n’est pas sans susciter quelques  controverses. “En effet, par définition le résultat de l’ACV dynamique dépend fondamentalement, et mathématiquement des hypothèses temporelles retenues (durée de vie et horizon temporel après construction). Ainsi l’impact de l’émission d’1 kg de carbone qui aura été stocké temporairement pendant 50 ans, se voit minoré en fonction de l’horizon temporel que l’on retient, et comptera dans le bilan global pour :
-0,92 kg sur un horizon de 500 ans
-0,73 kg sur un horizon de 150 ans
-0,57 kg sur un horizon de 100 ans
C’est cet horizon temporel à 100 ans qui a été retenu par la DHUP.
(Source, la filière béton

“Le béton pénalisé”

Nous sommes bien évidemment d’accord avec la décarbonatation mais pas en changeant les règles en cours de route. Il n’est pas question d’opposer les filières car nous allons tous dans le même sens, mais ce mode de calcul va logiquement pénaliser le béton qui impacte la construction uniquement lors de sa mise en œuvre quand sa performance de valorisation/recyclage atteint 88% en fin de vie » souligne Pierre-Antoine D’Argento, Délégué régional Centre Est chez Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi (SNBPE).


De la RT à la RE 2020 en passant par l’Observatoire E+C- …

Depuis plus de quarante ans, la France s’est engagée dans la protection de l’environnement en privilégiant des mesures qui encouragent la transition énergétique du pays. Cette préoccupation environnementale, qui date de 1974 avec la première réglementation thermique, prend un tournant significatif en 2005 avec la mise en place de nouveaux labels (BBC, HPE, THPE…) puis en 2007 avec le Grenelle de l’environnement et la mise en route de la RT 2012.  Objectif : booster l’isolation des bâtiments, l’utilisation des énergies renouvelables pour faire baisser de 15 millions le CO2 et économiser 150 milliards de kWh. 

2017, la réduction carbone en ligne de mire …

La réglementation thermique devient réglementation environnementale en 2016 avec le lancement de l’expérimentation E+C (énergie plus, carbone moins), appelé également label énergie carbone. N’importe quel maître d’ouvrage volontaire peut participer à cette expérimentation. qui vise à anticiper la RE 2020, à travers l’expérimentation des seuils du référentiel E+C- (Energie positive et Réduction carbone). A plus long terme, le but est de parvenir à généraliser les bâtiments à énergie positive avec une empreinte carbone la plus réduite possible sur l’ensemble de leur cycle de vie. Cette nouvelle réglementation, qui vient enrichir la RT2012 en introduisant la notion de réduction carbone, émerge de la volonté de l’État et du dialogue avec les acteurs qui ont décidé d’agir collectivement pour réduire les émissions du bâtiment. L’Observatoire E+C- fixe notamment deux niveaux de performance pour les émissions carbone (carbone 1 et 2) calculés sur le cycle de vie du bâtiment, soit 50 ans.

REPERES

Aujourd’hui, près de 1 000 bâtiments ont testé le label, soit  600 maisons individuelles, 228 logements collectifs et 131 bâtiments tertiaires.  “Dans l’Observatoire, on dénombre 300 ou 400 bâtiments par grande région qui ont été observés  et paradoxalement, il n’y a pas beaucoup de modes constructifs en béton” commente Pierre-Antoine D’Argento, Délégué régional Centre Est chez Syndicat National du Béton Prêt à l’Emploi (SNBPE).