Perméabilité des sols : la réponse « matériaux drainants »

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A Villemoirieu (38), la place du Petit Café est recouverte de béton drainant depuis 4 ans

De plus en plus, les phénomènes pluvio-orageux provoquent d’importants dégâts. Comme dans l’Aude, en octobre 2018, ils font même fait des victimes.

Un coût humain et des dommages qui interpellent les élus, s’interrogeant alors sur les moyens à mettre en oeuvre pour éviter ces fortes inondations qui inquiètent leurs concitoyens.

Pourtant, des solutions existent. Un exemple à Villemoirieu (Isère). Le maire, Daniel Hote, témoigne.

Tout le monde a en mémoire les évènements catastrophiques qu’a connus le département de l’Aude en octobre 2018… Phénomène surtout automnal, l’activité pluvio-orageuse tend à se renforcer, ses conséquences préjudiciables également : victimes humaines, voiries submergées, sous-sols inondés…
En cause, des perturbations climatiques qui se multiplient, s’affranchissant des saisons, mais aussi des eaux pluviales qui ne parviennent pas à s’écouler, du fait, notamment de l’artificialisation des sols, en ville particulièrement.
S’il est difficile d’agir pour endiguer les précipitations, il est en revanche tout à fait possible de limiter dès à présent l’imperméabilité des sols. Deux dispositions peuvent être prises à court et moyen termes : éviter d’accroître le périmètre des surfaces imperméables, comme le veut la réglementation ; d’autre part, rendre perméables des surfaces qui ne le sont plus à l’occasion de réaménagements.
Des solutions efficaces – Dans les deux cas, les matériaux drainants apportent des solutions efficaces, car ils permettent aux eaux de pluie de s’infiltrer directement dans le sol, en profondeur, ou d’être drainées et stockées dans une zone tampon pour être ensuite acheminées vers un point d’infiltration. Soit ils jouent le rôle de passoire, soit ils vont permettre de réguler l’afflux des eaux, qui peut être massif en cas d’orage violent.
Résultat : lors d’épisodes pluvieux, qui seront de plus en plus intenses selon les météorologues, les surfaces réalisées en matériaux drainants ne sont plus encombrées d’eaux (leur porosité est comprise entre 10 et 40 %), ce qui permet de limiter les risques d’inondation d’habitations et d’assurer la continuité du trafic sur les routes en sécurisant la circulation des véhicules.
Ainsi, au moment d’aménager des nouveaux espaces urbains, d’implanter de nouveaux équipements, choisir des matériaux drainants peut s’avérer pertinents. Selon les usages, divers produits répondent à ce besoin de perméabilité des sols : les bétons drainants (coulés en place), les enrobés bitumineux, les pavés poreux ou encore les résines perméables.

Des aides de l’Agence de l’eau du bassin Rhône-Méditerranée-Corse

L’eau passe à travers le béton drainant et peut irriguer les sols

Dans un document publié en 2017 et intitulé : « Vers la ville perméable ; comment désimperméabiliser les sols ? », le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Rhône-Méditerranée évoque d’ailleurs, dans ses annexes, des techniques alternatives à l’imperméabilité des sols : tranchées drainantes, chaussées à structure réservoir, revêtements poreux, notamment.
De même, lorsque des opérations de renouvellement d’équipements urbains (parkings, terre-pleins…) se projettent, l’utilisation des matériaux drainants va offrir l’opportunité de désimperméabiliser l’existant. Dans son guide, le SDAGE fait aussi état de ces solutions alternatives aux mesures de compensation (Lire notre article : « Loi biodiversité : des conséquences pour les projets des collectivités »).
Diminution nette des risques d’inondations, amélioration de la sécurité pour les usagers de la route… à ces avantages apportés par les matériaux drainants s’en ajoutent deux autres.
Jusqu’à 50 % du montant des travaux – Le premier est d’ordre financier : en effet, les collectivités qui envisagent des chantiers d’aménagement ou de réaménagement peuvent compter sur une aide de l’Agence de l’eau du bassin Rhône-Méditerranée-Corse, jusqu’à 50 % du montant des travaux. D’autre part, l’investissement en matériaux drainants diminue celui qu’il faut réaliser en réseaux d’évacuation des eaux pluviales.
Le second est du registre du développement durable et du confort de la population urbaine : les matériaux drainants filtrent l’eau de ruissellement, limitant ainsi les rejets de pollution dans les sols ; de plus, leur porosité contribue à la réduction des îlots de chaleur de plus en plus prégnants en ville !

Témoignage
Daniel Hote, maire de Villemoirieu (38) : « Le béton drainant, c’est très efficace ! »

Daniel Hote, maire de Villemoirieu : « Nous sommes très satisfaits du résultat »

Alimenter une nappe phréatique. Eviter les inondations.
Telles sont les deux raisons qui ont guidé le choix des élus de Villemoirieu en  faveur du béton drainant.

« Lorsqu’en 2014, l’entreprise de Travaux Publics qui réalisait le chantier du hameau de Beptenoud a préconisé la mise en œuvre d’un béton drainant, nous avons accepté », indique Daniel Hote. « Aujourd’hui encore, nous sommes très satisfaits du résultat », ajoute le maire de Villemoirieu, commune du Dauphiné peuplée de 2000 habitants.
« Sur les 480 m² de la place du Petit Café et la voirie attenante, l’eau s’infiltre à mesure ; d’où, aucune flaque d’eau en surface ! Le béton drainant, c’est très efficace ! », assure Daniel Hote.
« Et cette efficacité s’inscrit dans la durée. Au départ, nous avions quelques craintes, imaginant que la porosité du matériau puisse s’altérer au fil du temps. Quatre ans plus tard, nous pouvons le constater : l’eau s’écoule toujours aussi bien », poursuit l’élu.
Selon Daniel Hote, deux raisons essentielles expliquent ce choix technique opéré malgré un léger surcoût de 5 % par rapport à une solution « classique » (*).

          « (…) mieux vaut être prudent et préserver la perméabilité des sols avec des matériaux drainants »

La voirie du quartier de Beptenoud aménagée en béton drainant

Tout d’abord, la nécessité d’alimenter en eaux de pluie la nappe phréatique de forte capacité qui se trouve sous la commune. « Jusque-là, nos canalisations déversaient l’eau directement dans le Rhône. Autant stocker ce capital, maintenant que les épisodes de sécheresse se répètent, », explique-t-il. Puis il précise que sous le revêtement en béton drainant du quartier Beptenoud, l’installation d’une canalisation permet de temporiser le débit et d’évacuer le trop-plein en cas de pluie abondante.
Deuxième raison : l’utilité de disposer de sols perméables pour absorber en continu les eaux de pluies, alors que les phénomènes pluvio-orageux se multiplient. En effet, l’environnement rocheux de la commune entrave la bonne évacuation des ruissellements… Jusqu’à générer des risques d’inondation en cas de pluies torrentielles. « Quand nous voyons ce qui se passe dans d’autres régions, mieux vaut être prudent et préserver la perméabilité des sols avec des matériaux drainants », estime le maire.

(*) Surcoût dont il faut toutefois déduire les économies réalisées sur les ouvrages de gestion des eaux (regards, grilles, tuyaux)