Comment financer les infrastructures qui font l’attractivité des territoires ? Une piste possible

Posted on Updated on

Ce pont qui enjambe le Rhône au sortir du périphérique Nord de Lyon est une infrastructure indispensable

Les infrastructures participent à l’attractivité des territoires.

L’économiste Laurent Davezies et le président d’INDURA, Paul Galonnier, l’ont affirmé devant les adhérents de l’UNICEM Auvergne – Rhône-Alpes réunis en assemblée générale au Puy-en-Velay.

Reste à financer ces infrastructures… Laurent Davezies ouvre une voie : dans les territoires, capter une partie de la manne qui provient des redistributions publiques et privées.

 

Pour Paul Galonnier, le président d’INDURA, on peut établir une corrélation entre la réalisation d’infrastructures et l’attractivité des territoires

A l’occasion de leur assemblée générale, fin 2017, les adhérents de l’UNICEM Auvergne – Rhône-Alpes ont planché sur le thème : « Les infrastructures et l’attractivité des territoires ». Un thème d’actualité qu’ils ont souhaité aborder, comme l’a précisé leur président, Alain Boisselon, alors que « les investissements publics en infrastructures sont aujourd’hui remis en cause ».
Afin d’alimenter leur réflexion, les carriers et les producteurs de béton prêt à l’emploi (BPE) avaient sollicité deux intervenants : l’économiste Laurent Davezies, professeur au CNAM (*), et Paul Galonnier, président d’INDURA, un cluster dédié à l’innovation et au développement durable dans le secteur des Travaux Publics basé à Lyon.
Pour Paul Galonnier, il n’y a pas de doute possible : on peut établir une corrélation entre la réalisation d’infrastructures et l’attractivité des territoires. Il en veut pour preuve l’impact positif de la future ligne ferroviaire Lyon-Turin sur l’économie des territoires traversés : « Une dynamique se met en place, nous disent les élus locaux. La vallée de la Maurienne va tirer profit de cette nouvelle infrastructure ».

Les infrastructures : « C’est fondamental, pour le développement, pour la croissance »
Du reste, le président d’INDURA considère de façon générale que, sauf rupture technologique majeure, si les voitures se mettaient à voler, par exemple (« mais je n’y crois pas ! » s’est-il empressé d’ajouter), « on aura toujours besoin d’équipements, de routes et des autres infrastructures, comme on aura toujours besoin de se loger, de s’alimenter ou de s’habiller ».
Un point de vue que Laurent Davezies, qui se présente comme un « chercheur privé qui fait de la macroéconomie locale » et comme « l’un des rares économistes qui s’intéresse au territoire  », partage. Pour lui, l’investissement le plus socialement utile est celui qui est réalisé dans les infrastructures : « C’est fondamental, pour le développement, pour la croissance ».
Pour autant, cet économiste considère que les moyens alloués à la réalisation d‘infrastructures, qui sont limités, doivent être ciblés, « là où ils sont les plus rentables ». Et de préciser : « Quand il s’agit de questions sociales, comme la santé, l’éducation…, il faut investir partout ; on ne mégote pas ! ». Mais en matière d’infrastructures, mieux vaut concentrer les investissements.

Laurent Davezies, économiste : l’investissement le plus socialement utile est celui qui est réalisé dans les infrastructures

Le revenu s’étale sur les territoires
Aussi, selon lui, les régions qui se considèrent mal loties en grandes infrastructures ne pourront jamais obtenir l’égalité avec les autres régions. « Pour la raison suivante, ajoute-t-il : si l’on veut donner le même équipement par km² sur l’ensemble des territoires, il faudrait mobiliser 300 % du PIB… Ce qui est impensable ! »
En revanche, au niveau des diverses infrastructures : routes, canalisations, réseaux dédiés à la fibre-optique… dans lesquelles les collectivités territoriales pourraient investir pour satisfaire les besoins de leurs ressortissants et encourager le développement de l’économie locale, Laurent Davezies a ouvert une voie en évoquant les redistributions publiques et privées dont bénéficient les territoires.
Des études qu’il a menées depuis 1980 montrent en effet que parallèlement au mouvement de concentration de la richesse produite qui s’opère dans les grandes métropoles, le revenu s’étale sur les territoires. Il donne deux exemples : 1) l’Ile-de-France paie beaucoup à la solidarité nationale ; 2) le revenu par habitant croit plus rapidement au Puy-en-Velay que dans la Métropole de Lyon.
Reste aux collectivités territoriales à trouver le moyen de capter une partie de ce revenu lié à la redistribution pour dégager des capacités à investir dans des infrastructures…

(*) Edités au Seuil (Collection « La république des idées »), les récents ouvrages de Laurent Davezies ont pour titre : « La crise qui vient. La nouvelle fracture territoriale » (2012) et « Le nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des Nations » (2015)