Écrêtage de crues : la solution carrière

Posted on Updated on

La Carrière d’Oytier (38) permet de temporiser les crues du torrent de Pétrier

Les crues de la fin janvier 2018 sont dans toutes mémoires tant elles avaient eu des conséquences désastreuses.

De façon plus générale, phénomènes climatiques aidant, les cours d’eau ont tendance à quitter leur lit plus souvent qu’auparavant.

Pour endiguer les phénomènes de crues, les écrêter, les carrières implantées à proximité des cours d’eau peuvent jouer un rôle déterminant. Voici trois exemples régionaux.

A plusieurs reprises au cours de l’hiver et du printemps 2018, la France a connu des épisodes de crues importantes, faisant parfois des victimes mais provoquant chaque fois de très importants dégâts. Plus souvent, en toutes saisons, suite à des orages violents, les cours d’eau débordent et inondent les territoires qu’ils traversent, générant alors de nombreux dommages.
Face à ces évènements climatiques, que le réchauffement en cours devrait multiplier dans les années à venir, les élus riverains des fleuves et rivières s’interrogent sur les solutions à apporter. Il en est une que les carriers peuvent leur suggérer : l’utilisation de leurs carrières, qu’elles soient en activité, en fin d’exploitation ou en projet. En effet, leurs sites offrent un dénivelé négatif qui permet, soit de temporiser une crue, soit même de l’absorber en l’aménageant à cet effet.
Voici trois exemples régionaux qui montrent le rôle d’ « écluse » que peut jouer une carrière implantée à proximité d’un cours d’eau, quelle que soit sa taille, qu’il s’agisse du Rhône à Vions (73), de l’Ain à Poliat (01) ou du torrent de Pétrier à Oytier Saint Oblas (38).

Trois exemples régionaux

 Vions (73) : la carrière temporise les crues du Rhône

L’effet « baignoire » produit par la carrière de Vions (73)

Le Rhône connaît régulièrement des crues (La dernière date de janvier 2018).
Aussi la réglementation impose-t-elle aux carrières qui longent le fleuve de ne pas accentuer ce phénomène.
Implantée le long du Rhône aux confins de la Savoie et de l’Ain, la carrière de Vions (extraction d’alluvionnaires en eau ; autorisation annuelle : 200 000 tonnes) exploitée par le groupe GRAVIRHONE ROUDIL CARMACO est donc concernée au premier chef par cette exigence.
« C’est même la première question qui nous a été posée dans le cadre de notre demande d’extension (obtenue en 2016) pour ajouter 7 ha aux 21 ha de la carrière existante.
Aussitôt, nous avons fait réaliser une étude hydrologique qui a montré qu’au contraire, notre projet allait conforter la rétention des eaux de crues qu’assurait déjà notre installation », indique Gilles Decosne, directeur d’exploitation.
« En effet, poursuit-il, notre carrière a « un effet de baignoire », pour reprendre l’expression de la CNR (*) ». « Elle temporise les crues du Rhône en permettant le déversement de 210.000 m3 d’eau et, à terme, 280.000 m3… Ce qui correspond au volume de terrain naturel hors d’eau que nous décapons avant d’accéder au gravier que nous extrayons, soit, une couche d’un mètre sur l’ensemble de la surface exploitée », précise Gilles Decosne.

(*) CNR : Compagnie Nationale du Rhône

Polliat (01) : la carrière de Priay écrête les crues de la rivière d’Ain

Depuis 10 ans qu’elle n’est plus exploitée, la carrière de Priay est couverte sur une quinzaine d’hectares d’une nappe d’eau qui stagne deux mètres au-dessous du niveau de la rivière d’Ain, toute proche, pour le plus grand bonheur des pêcheurs.
Mais depuis plus de 20 ans, grâce à la réalisation par le propriétaire de la carrière d’un déversoir (Un investissement de l’ordre de 10000 € à l’époque), le site sert aussi à écrêter les crues de l’Ain avec sa capacité à accueillir près de 300.000 m3 d’eau.
« Ça se produit au minimum deux à trois fois par an », explique Thierry Dannenmuller. « Dès le début de la crue, l’eau se déverse par un passage d’enrochement », poursuit le gérant de TLTP Dannenmuller. Qui ajoute : « Lorsque le niveau de l’Ain baisse, l’eau qui a stagné sur le site repart progressivement dans la rivière ».

 Oytier Saint Oblas (38): la carrière évite l’inondation d’une route départementale

Le déversoir qui équipe la carrière d’Oytier Saint Oblas

A Oytier Saint Oblas (38), le torrent de Pétrier longe d’un côté une route départementale très fréquentée (D75) et, sur l’autre rive, une unité de production du groupe CEMEX Bétons/Granulats (carrière d’alluvionnaire à sec ; autorisation de 250000 tonnes/an).
Quasi à sec d’ordinaire, ce petit torrent connait, tous les trois ans en moyenne, suite à des orages survenant en hiver et au printemps, une crue soudaine « très violente » selon Victor Carenco, adjoint au service foncier et environnement au sein de Cemex Granulats Rhone Méditerranée.
En 2008, la crue du torrent, plus importante qu’à l’accoutumée, a deux conséquences immédiates : la D75 est inondée, bloquant la circulation des véhicules ; de même, la piste d’accès à la carrière est impraticable, empêchant toute entrée ou sortie des poids-lourds.
Pour éviter tout nouveau débordement, CEMEX décide d’investir dans l’implantation d’un déversoir, connecté au Pétrier : un ouvrage technique d’environ 15 m de haut et 5 m de large élaboré avec des galets issus de la carrière qui permet l’évacuation des eaux de crues dans un réseau de mares qui couvre la partie réaménagée du site.

Ainsi, la carrière de CEMEX fait-elle « tampon », permettant à l’afflux important d’eau de ne pas entraver la circulation sur la D75 ni l’accès au site. Le déversoir joue donc le rôle d’écluse dans l’intérêt général. Quant à l’excès d’eau, il est progressivement absorbé par la nappe phréatique située sous la carrière.